The Midas Touch

163 — The Midas Touch — Le baiser de Midas
(avril 1976) — saison 1976/77 — nº2
ITV, 12 novembre 1976 — TF1, 28 décembre 1976

SCÉNARIO

Brian Clemens

RÉALISATION

Robert Fuest

RÉSUME DE L’ÉPISODE

Cinq hommes mystérieux sont à la chasse au rat sous les yeux d’un ancien collègue de Steed devenu clochard. Pendant ce temps, Steed reçoit un message l’alertant qu’un chinois arrive pour négocier l’achat de «Midas». Avec Purdey et Gambit, ils décident de l’attendre à l’aéroport. Manque de chance, il est assassiné sous leurs yeux. Aussitôt Purdey et Gambit partent à la poursuite de l’assassin, alors que Steed découvre que le chinois a eu la vie sauve grâce à 1,5M en poudre d’or caché dans ses vêtements. De son côté, l’ancien agent, après avoir suivi les 5 hommes mystérieux, s’infiltre dans leurs locaux. Il découvre des laboratoires qui semblent servir à d’étranges expérimentations. Vite découvert par un certain Midas, il se défend si bien qu’il arrive à s’échapper. Avertissant Steed, il lui donne rendez–vous dans un endroit désert. Mais avant que Purdey et John arrivent à lui, il s’aperçoit que son corps est couvert de taches noires et à la surprise de tous, se suicide en projetant sa voiture dans le vide.

LIEUX DE TOURNAGE

  • Des scènes furent filmées à «Cock Pit», Eton. «The Cock Pit» est le nom du restaurant où Freddy rencontre Steed.

CONTINUITÉ

  • La voiture du tueur change durant la poursuite. Une Aston Martin DBS au début puis une Audi 100 Coupé S lorsqu’elle s’arrête devant la grille. Ces deux voitures ont la même plaque ainsi que la DS blanche du Repaire de l’aigle (MCO731P) !
  • Lorsque Gambit arrive à la boîte de nuit, sa Jaguar rouge recule alors qu’il en descend. Gareth Hunt a oublié de mettre le frein à main !

OBSERVATIONS

  • Midas était un roi légendaire de Phrygie, qui avait le don de transformer tout ce qu’il touchait en or. Ce don lui avait été offert par Silène, compagnon de Dionysos, en échange de son hospitalité. Or, ce cadeau était empoisonné car Midas ne pouvait rien toucher qui ne se transformât en or, y compris sa nourriture. Il dut donc renoncer à ce don et se purifia dans le fleuve Pactole, qui charria ensuite des pépites d’or… Il est aussi une légende qui prétend que Midas enivra Silène afin de lui arracher le secret de la sagesse. Silène lui aurait dit que le mieux pour l’homme était de ne pas naître ou, si le mal était fait, de mourir le plus rapidement possible.
  • «The Times» est à l’honneur ; Freddy a le journal sous sa couverture et Purdey conseille à Steed et Gambit de consulter la page deux.
  • La scène de la soirée mortuaire est une référence au Masque de la mort rouge d’Edgar Poe.
  • Purdey et Gambit parlent pendant la poursuite du film Le trésor de la Sierra Madre.
  • Que cela soit les New Avengers ou les Avengers, les rôles d’asiatiques sont joués par des blancs !

DVD

  • Le lion, logo des New Avengers est la première image du Baiser de Midas (avec titre français). Il n’est pas présent dans les autres épisodes.
  • Une image «flottante» à l’arrivée de Turner et Vann à la discothèque et juste avant que Vann ne touche le visage de Midas. (DVD kiosque)

DISTRIBUTION

Freddy : John Carson
Vann : Ed Devereaux
Hong Kong Harry : Ronald Lacey
Turner : David Swift
Lieutenant : Jeremy Child
Curator : Robert Mill
Garvin : Ray Edwards
Midas : Gilles Millinaire
Sing : Pik–Sen Lim
Doctor : Chris Tranchell
Tayman : Lionel Guyett
Simpson : Geoffrey Bateman
Boz : Tim Condren
Morgan : Peter Winter
Froggart : Bruce Bould
Choy : Bruno Elrington

DÉJÀ VUS DANS…

John Carson : Le clan des grenouilles, Seconde vue, Meurtre par téléphone
Ronald Lacey : Le joker, Le legs
David Swift : Les espions font le service
Robert Mill : Double Danger, La baleine tueuse

LES ACTEURS

  • Avez vous reconnu David Swift (Turner) déjà vu dans Les espions font le service dans le rôle (très court) du barbier ?
  • Ed Devereaux (1925–2003) a retrouvé Joanna Lumley dans Absolutely fabulous.
  • Ronald Lacey (1935–1991) est célèbre pour son rôle de nazi dans Les aventuriers de l’arche perdue. Il a également tourné dans Firefox avec Clint Eastwood.

CRITIQUES

Le baiser de Midas par Emma Peel
par Emma Peel (20 mars 2005)

Le titre original de l’épisode suggère bien des promesses et est plus explicite que la traduction française, qui le réduit à une signification, non pas fausse, mais restreinte. En effet, «touch» signifie le toucher, un des cinq sens (peut–être celui qui invite le mieux à la sensualité), mais aussi le contact, aussi bien que la touche ou le soupçon de quelque ingrédient ou encore le détail qui qualifie un geste, un comportement, une chose, etc. Le toucher sera donc, très logiquement, le fil conducteur de cet épisode. On peut analyser chacune des scènes à partir de cet unique sens et du champ lexical qu’il induit, jusqu’à la fin. Une scène, par exemple, met en compétition ce sens avec celui de la vue, afin de dévaloriser le second : le geôlier de Purdey ne peut pas toucher mais il peut regarder, et cela ne lui suffit pas… Comme on peut le comprendre !

Cet épisode a plusieurs teintes qui s’entremêlent : suspense (de multiples chausse–trapes émaillent l’épisode), humour (grâce à nos trois héros qui savent parfaitement mettre en valeur des dialogues piquants) et émotion (déchéance de l’ami de Steed, Freddy, qui a sombré dans l’alcoolisme et qui tente de se «refaire»). La saveur particulière de cette histoire tient au tissage quasi parfait de ces trois tons.

Ce qui est absolument remarquable dans cet épisode est le rythme (enchaînement rapide des scènes) et le principe d’économie (le mot gaspiller, «waste», est d’ailleurs employé au sujet de Purdey, promise à Midas) qui régissent chaque scène : il y a comme un relais qui est mis en place par le moyen d’un mot (Gambit : «We wanted him alive» [On le voulait vivant] – Purdey : «We wanted him awake» [On le voulait éveillé]) ou d’un objet repris (l’orange attrapée au vol et dégustée par Purdey en pleine course–poursuite), le roi de l’échiquier qui désigne le roi Midas, etc.

Pour illustrer ce principe d’économie, révélateur de l’ordre soigné mis en scène grâce à un scénario intelligent, il suffit d’un exemple. Purdey et Gambit discutent dans la voiture pendant qu’ils donnent la chasse à un «vilain». Ils évoquent le film Le trésor de la Sierra Madre dans lequel officie Bogart. Gambit affirme (à juste titre) que John Huston a réalisé ce film, tandis que Purdey soutient que c’est son père (Walter Huston, qui obtiendra d’ailleurs l’Oscar du meilleur second rôle), qui était aux commandes, avant de se rendre devant la vérité. On pourrait penser que cette petite discussion n’a que peu de relations avec le sujet qui nous occupe présentement, sinon à cause de l’or, qui est le motif de l’action. Mais, si l’on y songe bien, la discussion porte sur une confusion entre deux prénoms, entre deux apparences.

Turner (David Swift) est un «diabolical mastermind» [cerveau diabolique] de grande classe. Son obsession pour l’or est palpable et son indifférence au charme de Purdey stupéfiante : «You’re very beautiful but in my eyes worthless» [Vous êtes très belle, mais sans valeur à mes yeux]. L’évocation de l’or est synonyme d’orgasme pour Turner lorsqu’il compare ses statuettes à Purdey : «The pleasure of the flesh has never had a great attraction to me» [Les plaisirs de la chair ne m’ont jamais attiré].

Deux scènes de l’épisode sont inoubliables : celle de la soirée costumée, qui a des allures d’orgie et de cauchemar grand–guignolesque, où Midas, le masque de la mort sur le visage, vient se laver les mains dans le punch et répand la mort autour de lui (je ne comprends pas d’ailleurs que les témoins de la scène peu ragoûtante continuent à se servir après cela !). Le rouge des spots et le costume endossé par Midas soulignent la référence à l’excellente nouvelle d’Edgar Allan Poe, Le masque de la mort rouge, et à la non moins excellente adaptation cinématographique par Roger Corman.

L’autre séquence à souligner est celle de la poursuite de l’aéroport à l’entrepôt : Purdey escaladant le grillage est un des meilleurs moments de cette saison. Ce moment d’anthologie a été repris pour le générique et ce choix s’avère très judicieux.

L’un des ressorts dramatiques de l’épisode porte sur les apparences trompeuses, nous le soulignions. Midas a le physique d’un Apollon, de l’innocence incarnée. Son nom est également facteur d’erreur : il ne transforme pas en or tout ce qu’il touche mais donne la mort, transforme en cadavres. Turner, le maître des transformations, quant à lui, porte bien son nom : il est (étymologiquement) celui qui transforme tout, y compris la légende de Midas ! Tout ce qui brille n’est pas d’or dit le proverbe. L’or est bien l’or pourtant, mais il y a bien un jeu des apparences dans cet épisode qui piège le spectateur : le rat / Midas (une des premières scènes : on croit qu’on chasse un homme et on chasse, en vérité, un rat), the fat man (Hong Kong Harry – le nom, avec ses allitérations, sonne de manière humoristique), qui est en fait gonflé avec des sacs remplis d’or, etc.

Toutes ces scènes précitées font de cet épisode un classique des New Avengers : la chasse de l’introduction qu’on pense être à l’homme, la discussion sur Le trésor de la Sierra Madre en pleine poursuite, l’or s’échappant des «blessures» de Hong Kong Harry, Purdey effectuant le parcours du combattant, Gambit maîtrisant Choy, le garde du corps «Grade B»… Toutes ces scènes sont en quelque sorte des gimmicks, la marque de fabrique de la série.

L’humour, dans la série, est peut-être le plus accompli dans la quatrième et la cinquième saison, mais, contrairement à certaines critiques, je ne considère pas que The New Avengers en soient totalement dépourvu. Steed répondant à Miss Sing qui lui souhaite beaucoup de fils : «Of course, if you were prepared to become personnally involved in the event…» [Bien sûr, si vous vous y impliquez personnellement] et les répliques suivantes (Purdey : «Steed, you’re becoming a roué» [Steed, vous êtes un débauché] ; Steed : «an optimist !») sont des répliques des plus humoristiques ! Avant la rencontre avec «Fat Harry», Steed est un tantinet macho à l’évocation de son rendez–vous galant raté : «I’ve something thinner in mind !» [J’ai quelque chose de plus mince à l’esprit.] et Purdey est une femme libérée avec l’instructeur militaire : «Where would you prefer me ? In the kitchen ? In bed ?» [Où me préféreriez–vous ? À la cuisine ? Au lit ?].

Certes, cet épisode n’est pas excellent mais certains thèmes ou idées sont fort bien traités. Par exemple, le plan pour «empoisonner» une princesse, par le biais d’un baise main, est peut-être un peu tiré par les cheveux, mais la ruse employée est conforme à l’idée force de l’épisode : une princesse est sur le point d’être assassinée par la voie du protocole (le respect des apparences), par un toucher superficiel… Un scénario plus machiavélique aurait pu être envisagé, eu égard aux particularités de Midas : «the Midas touch» étant en fait «the touch of death» !

Certes, il y a certaines incohérences ou plus exactement des «trous» dans le scénario, des ellipses, des questions sans réponses, mais cet épisode est excellent et digne des meilleurs opus de la période précédente, si l’on se sert des Avengers comme étalon mesure des New Avengers, ce qui n’est pas forcément une bonne idée. Il nous permet d’apprendre que Gambit a été un pilote de course, ce qui est une information de plus à conserver au sujet de la vie privée et passée des protagonistes, informations livrées au compte–gouttes, épisode par épisode. Purdey, quant à elle, demeure un mystère : «Miss ? Mrs ?», «Just Purdey !» – [Mademoiselle ? Madame ?, Non, juste Purdey !]. Apercevoir John Steed accompagné d’une fille qui a des allures de poule de luxe, qui semble méprisante et muette, est un peu choquant : le Steed des années 60 a irrémédiablement changé, il semble avoir moins bon goût, avoir perdu en subtilité, mais il demeure néanmoins un homme d’honneur. En outre, demander des médailles ne lui ressemble pas. Il est généreux mais, pour une fois, il manque de tact et il blesse sans le vouloir l’orgueil de l’agent déchu en mettant la main dans son veston. Pas de seconde chance dans la vie, ni de deuxième chance d’ailleurs… Et ceci n’est pas une apparence. C’est un peu la morale de cet épisode. Le suicide de Freddy, qui veut échapper à l’inévitable, est dénué de pathos, et cette scène est peut–être le climax de cet épisode, bien que situé loin de la fin. Il refuse la transformation («en cadavre») ; il demeurera lui–même.

La citation de l’épisode : «Yes, Mr Gambit. They died of everything.»

En bref : Un très bon épisode, digne de l’âge d’or, doté d’un scénario assez cohérent avec la thématique indiqué par le titre.

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TITRES DANS LES AUTRES LANGUES

  • Allemagne (Mit Schirm, Charme und Melone) : Gold
  • Italie (Gli Infallibili Tre) : Il tocco di Mida
  • Espagne (Los Nuevos Vengadores) :
  • Hollande (Terugkeer Van De Wrekers) : Midas